Potosi est une ville qui est sur le trajet de beaucoup de voyageurs en Bolivie. Ceci est en grande partie dû à la mine d’argent du Cerro Rico qu’il est possible de visiter. Habillé en mineur, vous déambulez dans des galeries où des milliers de Boliviens travaillent et meurent pour un salaire de misère. Alors, cela vaut-il le déplacement ?
Le Cerro Rico : la Montagne riche
Potosi est la ville la plus haute du monde avec ses 4070 mètres ! Cette ville de l’Altiplano ne présente par un grand intérêt, sauf si vous souhaitez donc visiter ces mines d’argent. C’est en effet devenu l’attraction numéro un du coin, de nombreuses agences locales proposent une visite.
Le Cerro Rico (« Montagne riche ») est une montagne qui domine la ville du haut de ses 4824 m. C’est une montagne faite de minerai d’argent. Déjà exploitée par les peuples précolombiens, les Espagnoles firent de l’extraction de l’argent une véritable industrie qui permit de remplir pendant des siècles les caisses de l’Empire. Plus de 30 000 tonnes d’argent furent extraites ici pour être envoyées directement en Europe, tout ceci sur le dos de millions de morts…
Il faut vous imaginer que Potosi fut au XVIIème siècle une des plus grandes villes du monde avec plus de 200 000 habitants, bien plus que Paris ! C’était en fait une des villes les plus importantes au monde du fait de son importance financière pour les colonies espagnoles.
Des millions d’Indiens sont morts dans les galeries de la montagne en raison de problèmes respiratoires ou d’accidents.
Que voir à Potosi ?
Mis à part la visite de la mine, Potosi est plus une étape sur la route de Sucre ou de Uyuni.
Bien sûr, vous pourrez admirer les maisons coloniales dont certaines possèdent de charmants balcons en bois. Pour autant, vous aurez vite fait le tour de la ville.
Cela dit, deux musées valent tout de même le détour.
Le premier est le couvent de Santa Teresa. Si vous n’avez jamais visité un tel lieu en Amérique Latine, je vous le conseille, vous apprendrez beaucoup de choses sur la vie des religieuses au cours des siècles. Une vie complètement folle, de mon point de vue.
Jugez plutôt : les futures sœurs venaient toutes de familles riches. En effet, la famille devait verser une dot qui équivalait à 100 000 dollars de nos jours ! Une sacrée somme ! Tout cela pour envoyer en prison une fille de la famille. Comment appeler cela autrement quand vous savez que ces jeunes filles de 12 ans ne sortiront plus jamais du monastère ? Même la mort une fois venue, elles seront enterrées à l’intérieur du bâtiment dans une espèce de fosse commune sous le plancher d’une salle !
Aucun contact visuel n’était autorisé avec les proches qui venaient déposer des cadeaux. Tout ce qui était autorisé, c’était une conversation de part et d’autre d’un mur.
N’est-ce pas incroyable cette vie ?
L’autre site majeur est la « Casa de la Moneda ». C’est dans ce bâtiment imposant en plein centre de la ville que furent frappées les monnaies pour une grande partie de l’Amérique du Sud. Le travail du métal, éprouvant, était fait par des esclaves d’Afrique. Là aussi, des milliers de morts pour assouvir la soif d’argent des Européens.
Enfin, la cathédrale de la ville vaut le détour. Elle est en restauration depuis 7 ans. Pour autant, vous pouvez y accéder par une porte à l’arrière. Un sympathique guide vous fera une visite intéressante. Du haut du clocher, vous aurez une belle vue du centre-ville.
Pour tout vous dire, je n’ai pas été emballé par Potosi. Il y fait froid et la ville dégage une atmosphère spéciale. Les commerces ne sont pas ouverts longtemps, les habitants semblent vivre au ralenti. Enfin, ils ne sont pas très chaleureux et accueillants.
La visite de la mine d’argent de Potosi
J’ai pas mal hésité à participer au « jeu » de la visite de la mine. J’avais en effet peur que la chose fasse un peu trop « zoo ». Finalement, j’ai décidé de visiter cette mine pour deux raisons. Tout d’abord, je pensais qu’un article sur ce lieu serait intéressant pour ce blog voyage. Ensuite, je voulais me faire ma propre opinion.
La mine est déclarée épuisée depuis bien longtemps. Déjà au XIXème siècle, l’argent se fit rare. De nos jours, c’est plus de l’étain et du zinc que les mineurs vendent.
Les mineurs sont organisés en coopérative. De ce fait, ils sont assez libres au niveau des contraintes de travail. Ce qui est extrait est de la matière brute, un mélange de divers minerais. Chaque mineur vend ensuite sa récolte à des entreprises privées. Celles-ci analysent la qualité de l’échantillon et payent ensuite les mineurs selon les cours internationaux en dollars. Ce qui entraîne une perte d’argent pour les mineurs du fait du change en monnaie locale.
Et le salaire ?
Mon guide a refusé d’aborder le sujet. En fait, un mineur gagnerait entre 2000 et 2500 bolivianos par mois. Alors que le salaire minimum est de 800 bolivianos.
Cependant, il faut déduire de ce salaire 30% qui sont versé à la coopérative. Sans oublier le coût du matériel…
Quid des accidents et de l’espérance de vie ?
Là aussi, c’est un sujet tabou surtout si vous évoquez le sujet dans la mine. Les accidents sont encore nombreux. La manipulation de la dynamite par exemple cause régulièrement des morts. De plus, vu les conditions de travail, l’espérance de vie d’un mineur ne doit pas être bien élevée. Beaucoup doivent souffrir de maladies respiratoires tant la poussière est présente dans la mine.
Cette poussière est faite de silice, aussi beaucoup de mineurs, même jeunes, souffrent déjà de la maladie de la silicose. À cela, il faut ajouter des gaz nocifs comme l’arsenic, le manque d’oxygène…Les mineurs qui commencent le travail parfois dès 14 ans poussent à mains nues des wagons de 2 tonnes dans des galeries étroites sur des rails approximatifs, quand il y en a. Ils portent sur le dos des sacs de 40 kilos sur des kilomètres de galeries.
L’espérance de vie serait de 45 ans…
J’ai visité la mine un samedi, celle-ci était presque vide. Après un kilomètre de marche dans des galeries éclairées par nos lampes frontales, le plus souvent courbés, nous avons rejoint deux mineurs. Ce ne fut pas facile, il a fallu ramper dans les derniers mètres. Dans une cavité, nous avons ainsi discuté de leurs conditions de travail tout en partageant quelques bières que nous leur avions apportées. Ceux-ci, avant de boire, versent un peu de bière par terre en l’honneur de Pachamama, la déesse de la terre.
Les mineurs sont très superstitieux. Ils croient en plusieurs Dieux et au diable, le Tio comme ils l’appellent.
Un cadeau classique à offrir, c’est un sac de feuilles de coca. Les mineurs en consomment beaucoup pour tenir de longues heures sous terre sans avoir à manger.
À cet endroit de la mine, l’oxygène se faisait rare, surtout que nous étions à 4700 mètres d’altitude. Et la chaleur importante : plus de 30 degrés.
Tourisme de la misère ou non ?
L’expression « tourisme de la misère » est plutôt utilisée pour les tours qui permettent de visiter des bidonvilles dans les pays dits pauvres. Pour le coup, là, c’est vraiment du voyeurisme, car en général, les touristes ne font que passer en mitraillant les lieux avec leur appareil photo.
Je sais qu’un certain nombre de voyageurs refusent de visiter cette mine jugeant que l’on s’approche là d’un tourisme de la misère. Ils n’ont pas tout à fait tort. Pour autant, je pense que le plus important est l’état d’esprit dans lequel on fait la visite. Il y a en effet des différences entre un voyageur qui fait cela par pur voyeurisme sans vouloir rien savoir des conditions de travail, sans parler à des mineurs, et un voyageur qui y va avec le désir de vraiment en savoir plus sur la vie des mineurs. Enfin, il me semble non ?
Alors, quelle fut mon impression après la visite de ces mines ?
Je n’ai pas vraiment ressenti cette impression d’être dans un zoo. Je pense que cela est dû en grande partie au fait que j’ai visité la mine le week-end. Si cela avait été en semaine, au milieu de centaines de mineurs en plein travail qui poussent des wagons de 2 tonnes, l’impression aurait sans doute été différente. La visite aurait été aussi plus intéressante.
De plus, même si les conditions de travail sont dignes du Moyen-âge, la visite est focalisée sur le travail des mineurs. Vous apprenez vraiment des choses, tout du moins vous en sortez plus informé sur leurs conditions de travail. Et aussi avec un grand respect pour ces travailleurs.
En outre, il y a en général, comme ce fut mon cas, un vrai échange avec des mineurs. Nous les avons d’ailleurs accompagnés ensuite à leur demande afin de voir comment se passait la vente du fruit de leur travail.
Il faut aussi savoir que ces visites améliorent un peu le quotidien des mineurs.
Je ne regrette pas cette visite, j’ai trouvé cela vraiment intéressant.
Pour autant, ne pas tenir compte du fait qu’il peut y avoir sans doute un côté voyeurisme avec d’un côté des nantis en vacances qui « souffrent » deux heures pour se balader au milieu de travailleurs nourris par le salaire de la peur serait déplacé. C’est une réalité aussi. D’ailleurs, j’ai évité de me plaindre lors de cette visite.
En conclusion, même si je comprends ceux qui préfèrent ne pas visiter les mines de Potosi pour des raisons éthiques, je pense vraiment que le plus important est l’état d’esprit dans lequel vous faites cette visite. Aussi, à vous de voir…
Quelques conseils :
- Le mieux est de passer directement par un mineur ou un ex-mineur, ce qui n’est pas évident à moins d’une rencontre fortuite.
- Vous pouvez acheter des cadeaux avant le tour histoire de varier le choix.
- Évitez la dynamite. Celle-ci est en vente libre à Potosi.
- Évitez le samedi, dimanche et lundi, des jours qui sont non travaillés, normalement.
- Si vous êtes claustrophobes, asthmatiques ou en mauvaises conditions physiques, évitez la visite de la mine.
Instinct Pratique
- Tour de 5 heures dans la mine : 70 bolivianos, soit environ 7 euros
- Hostal : La Casona, bien situé : chambre à 90 bolivianos. Mais très moyen, surtout au niveau de l’accueil.
- Les distributeurs de billets en ville ne fonctionnent pas pour les cartes étrangères, chose incroyable ! Il faut pour cela utiliser les ATM du nouveau terminal de bus, pensez-y en arrivant !
Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre opinion sur ces visites ?
Consultez la source sur Instinct-voyageur.fr: Les mines d’argent de Potosi le tourisme de la misère